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Un parcours d'accès à l'emploi

Lorsque l’on possède encore peu d’expérience professionnelle, l’erreur de la jeunesse est de penser que rien n’existait avant. J’ai progressivement pris connaissance des problématiques actuelles, comme la révolte des stagiaires, le chômage, les bouleversements dus aux nouvelles technologies… En entrant dans le monde des ressources humaines, on pense alors avec idéologie découvrir ou mettre en place des moyens nouveaux, pour renouer les aspects professionnels et humains.

C’est sans doute la cause des précipitations et des erreurs des jeunes de penser apporter leur pierre à un bâtiment déjà construit : des choses existent, il y a souvent eu des antécédents à des difficultés actuelles. Il est important de, non pas juger, mais connaître et comprendre notre histoire avant toute précipitation.

On ne peut pas tout connaître, mais personnellement, j’utilise les romans classiques comme témoins d’une époque oubliée. Avec mon regard de jeune professionnelle du recrutement, j’ai pris conscience que la société d’aujourd’hui n’est pas celle que décrivent les médias. Ces derniers nous donnent une vision actuelle des choses. Ainsi, les jeunes d’aujourd’hui se sentent victimes de la décroissance économique contemporaine. « La grande régression », lit-on dans les journaux, pas plus tard que le mois dernier. Or, la lecture de romans « has been », comme pensent certains, me fait entrevoir les choses de manière bien différente.

Je vais illustrer mon propos en deux parties : le second point sera une réflexion sur l’évolution des métiers. Mais tout d’abord, je vais évoquer mon propre parcours. Il est vrai qu’intégrer le monde du travail est difficile pour un jeune. Dans ces moments précis, on ressent souvent une forte solitude. Je veux montrer ici qu’il en a été de même pour des grands auteurs de la littérature, quelle que soit l’époque. Et j’espère de cette manière rehausser le moral d’autres jeunes, notamment ceux désespérés au point de ne trouver que la violence comme issue.

1-    

L’apprentissage

J’ai, comme de nombreuses personnes, commencé ma carrière par des stages. Non rémunérés, bien sûr. Cet état de fait est actuellement dénoncé par des révoltes anonymes. Des abus sont dénoncés concernant les entreprises recrutant la plus grosse partie de leurs effectifs en convention de stage.

Prenons un passage du roman Mort à Crédit, de Louis Ferdinand Céline :

« Tu vas user plus que tu ne gagnes !» que s’inquiétait déjà maman. C’était pas bien difficile puisque je touchais rien du tout. C’est vrai que dans certains métiers les roupiots payaient pour apprendre. En somme, j’étais favorisé ».

Ainsi, à l’époque (début du 20ème siècle, ce n’est pas si loin), il fallait payer pour travailler ! La leçon est simple : il ne s’agit pas de nous dire que nous avons de la chance. Revenons dans le contexte : les apprentis du temps de Céline étaient beaucoup plus jeunes, 16 ans environ, pas plus. Il est vrai que les stagiaires actuels sont en partie de jeunes adultes, qui ne peuvent faire aucun projet d’avenir avec une telle précarité.

Cependant, je suis optimiste : la société a tout de même évolué, depuis cette période. Bien sûr, des efforts restent à faire. C’est à chaque citoyen de faire en sorte de continuer à améliorer les choses, entre autre :

-         S’interdire les stages de début de carrière après obtention du diplôme

-         Légaliser les conventions de stage

-         Interdire les établissements distribuant à tort et à travers des conventions de stages fictives (établissement de formation ne dispensant aucune formation).

2-    

Le chômage et le passage de l’entretien de recrutement

Le plus dur reste à faire : trouver un véritable emploi. Bien que nous possédions de nombreux outils à notre disposition (Internet, sites de réseau ou job board, journaux, Anpe…) ne pas passer par la case « chômage » est difficile. D’autant plus que les profils demandés dans les annonces sont plutôt décourageants pour les jeunes : « 5 ans d’expérience minimum, dans un poste similaire, anglais courant »…et je sais de quoi je parle, puisque je rédige moi-même des annonces.

Prenons à nouveau un passage du roman Mort à Crédit, de Louis Ferdinand Céline :

« Je l’ai bien vu venir le progrès…mais je trouvais toujours pas une place… Je trouvais toujours pas de patron qui me ferait refaire mes débuts… Comme apprenti, ils me refoulaient, j’avais déjà dépassé l’âge. Comme véritable employé, je faisais encore beaucoup trop jeune…J’en sortirai pas de l’âge ingrat et même si je parlais bien l’anglais, c’était exactement pareil !...Ils avaient pas l’utilité ! ça concernait que les grandes boutiques, les langues étrangères. Et là, ils faisaient pas de débutants ! De tous les côtés, j’étais de la bourre ! »

Après les recherches, il faut passer l’épreuve du recrutement. Nous nous devons de jouer le jeu. Ici encore, Céline nous donne une bonne illustration de la situation d’entretien de recrutement :

« Par exemple, où ça gazait plus brusquement, c’était pour répondre aux questions… S’ils me demandaient mes références ? Ce que je voulais faire dans la partie ? Mes véritables aptitudes ?... Mes exigences ? Je me dégonflais à la seconde même…Je bredouillais, j’avais des bulles… je murmurais des minces défaites et je me tirais à reculons… J’avais la panique soudaine… La gueule des inquisiteurs me refoutait toute la pétoche. »

Ce texte m’a laissé perplexe : le métier, et ses méthodes (entretien, prise de référence…), que j’ai appris à accomplir pendant ces dernières années n’est donc pas nouveau… ces techniques, toujours utilisées dans les cabinets de recrutement les plus reconnus, n’ont ainsi guère évoluées depuis le début du siècle dernier.

Néanmoins, ayant été des deux côtés (candidate et recruteuse), je comprends la difficulté de l’enjeu. C’est à chacun, je pense, de tout mettre en œuvre pour que la situation de recrutement ne devienne pas traumatisante :

-         le candidat, qui doit tenter de se montrer à la fois le plus honnête possible et sous son meilleur jour, (se référer au site suivant : http://phortail.org/blagues/perles-0058.html#ici , qui évoque les situations ridicules lors des entretiens de recrutement),

-         le recruteur qui doit mettre à l’aise son interlocuteur.

3-     Le futur : la fin des RH ?

Pour conclure mon propos, j’évoquerai un livre de science fiction des plus gênants : Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley présente un univers axé sur la génétique. Les êtres humains sont planifiés, des naissances à leur utilité dans la société :

« on ne se contentait pas de couver simplement des embryons.[…] En outre nous prédestinions et conditionnions. Nous décantons nos bébés sous forme d’Alphas ou d’Epsilons, de futurs vidangeurs ou de futurs…directeurs de l’Incubation ».

« C’est là qu’est le secret du bonheur et de la vertu, aimer ce qu’on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement : faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper. »

Je finirai ainsi sur une note positive sur mon métier axé sur l’humain : les professionnels des RH ont la chance de pouvoir intervenir sur les éléments les plus variables de l’entreprise : les hommes qui la composent. Contrairement au roman d’Aldous Huxley, nous ne subissons aucun conditionnement. Une étude récente a souligné le fait qu’en moyenne, une personne change de métiers 5 fois au cours de sa carrière. Les professionnels des RH doivent prendre cette donnée en compte. Pour cela, nous devons être ouverts et dénués de préjugés. Arrêter de sélectionner des profils « tout faits » de type « 30-35 ans, anglais courant, avec une expérience de 5 ans minimum dans un poste similaire », et prendre en compte qu’une personne peut avoir un profil certes atypique, mais néanmoins valable et intéressant, selon le contexte.

Les ressources humaines occupent de la sorte un rôle clé dans notre société actuelle. Il s’agit en effet d’optimiser au mieux les compétences humaines, afin de permettre à chacun d’évoluer, de l’individuel à l’entreprise, voire à la société en général.

Motivation

On a tous une motivation. Chacun la sienne. La première motivation, en ce qui me concerne, c’est mon trajet en bus.

Au petit matin, je sors de chez moi. Encore décoiffée, à moitié endormie, je me traîne dans la grisaille de la rue. Le vent souffle, froid et pénétrant. Des gouttelettes se déposent sur mon long manteau noir. Au loin, le bus.

A demi réveillée, je cours. Je ne dois pas le rater. Il m’attend. Je monte. Enfin à l’abri, contre les intempéries. La chaleur m’enveloppe. On avance : la journée commence.

Nous traversons quelques allées, longues et tristes, comme la grande rue de

la Glacière

, la bien nommée.

Le bus se remplit. Les gens s’engouffrent dans cet abri mouvant, qu’ils ont l’air de considérer comme un ennemi. Beaucoup d’étudiante, le visage hautain et dédaigneux, mais à la pointe de la mode, ne se soucient pourtant pas de leur manque de révision d’examen. D’autres travailleurs, comme moi. Certains angoissent de la chute du chiffre d’affaire de leur entreprise, et craignent pour leur poste. D’autres évoquent de grands projets, ou l’actualité. Pendant ce temps, le vieux monsieur en face me parle de ses problèmes de santé. Je compatis.

Tous finissent par descendre, à Luxembourg. Ils ont bien raison, c’est un si joli quartier. Je me remémore mon enfance, les longues promenades dans le jardin. Un sourire se forme sur mon visage. Je renais. La grisaille et la fatigue disparaissent peu à peu, avec la reviviscence de ces souvenirs, pas si anciens que cela.

Saint Michel. J’allais oublier… un livre à acheter. Je ne dois pas le louper, que ce soit le dernier Werber, un vieux Zola, ou encore le nouveau manuel pratique de je-ne-sais-quoi. Tous sont indispensables bien sûr ! Je renonce, j’irai à la bibliothèque.

On s’approche du cœur. Il ne bat pas très fort. Ses artères sont quasi immobiles. Un groupe de personnes patiente devant la conciergerie. Des gardes font le guet devant le monument austère. Un SDF dort, allongé sur ses marches, emmitouflé dans son duvet. Non, le dynamisme ne qualifie pas cet endroit. Il s’agit d’un cœur dur, de pierres imposantes du palais de justice. Il s’attendrit cependant les dimanches, avec son marché aux animaux.

A nouveau la Seine. Le Soleil ne se lève ni à l’est, ni à l’ouest. Non. Ce sont les gens du métro qui croient à cette légende. Je sais, moi, je l’ai vu : le Soleil se lève au travers des vitraux de Notre Dame. Sans aucun doute. Grâce à ce phénomène naturel, on obtient les couleurs. C’est à ce moment que je me réveille vraiment.

Gorgée de lumière, je m’installe à l’avant du véhicule. Je veux tout voir. La rue de Rivoli, avec ses riverains qui en sont sortis. Les devantures des magasins sont encore fermées. C’est peut-être la raison pour laquelle on avance si vite. Tout est rapide ici, les personnes, les voitures, tous, nous sommes entraînés dans ce flot à sens unique. On ne peut pas s’arrêter. On ne peut pas tout voir. Surtout l’immeuble étrange, peint de message révolutionnaire… On tombe. Jusqu’au Louvres. A peine le temps d’apercevoir quelques statues, coquines, qui semblent me lancer un clin d’œil, avec comme message : « bonne chance, tu as la chance de pouvoir bouger, fonce ! ».

C’est ce que je fais. Je tourne. Une rue perpendiculaire dont j’ignore le nom. Peu importe. Elle se situe entre la rue de Rivoli, et l’avenue de l’Opéra. Elle est insignifiante, au milieu de ces géantes.

L’avenue de l’Opéra. Ses agences de voyage me font rêver. L’Orient, les îles, les palmiers…Je suis déjà arrivée. Je descends. La tête dans les nuages, je repose les pieds dans mon Paris. Gonflée à bloc, j’avance, je suis prête à travailler.

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