L’article qui suit n’a pas la prétention d’afficher un message pertinent. Je me suis simplement intéressée à évoquer les métiers au travers de la littérature.
1- Un constat : des professions mal aimées
Apprendre et avoir un métier, on en rêve pendant toute son enfance. Cosmonaute, médecin ou encore avocat sont des métiers que tous les enfants (et parents) convoitisent. L’expression « il n’y a pas de sot métier » est devenue totalement obsolète aujourd’hui. Il y a des métiers plus respectables que d’autres.
L’exemple plus que connu est celui des ouvriers. Autrefois valorisé, ce statut est devenu honteux.
Maupassant : Au printemps
«Moi, je me mis à ses pieds, et je lui saisis les mains ; ses petites mains poivrées de coups d’aiguille, et cela m’attendrit. Je me disais : « Voici les saintes marques du travail. » - Oh ! Monsieur, Monsieur, savez-vous ce qu’elles signifient, les saintes marques du travail ? Elles veulent dire tous les commérages de l’atelier, les polissonneries chuchotées, l’esprit souillé par toutes les ordures racontées, la chasteté perdue, toute la sottise des bavardages, toute la misère des habitudes quotidiennes, toute l’étroitesse des idées propres aux femmes du commun, installées souverainement dans celle qui porte au bout des doigts les saintes marques du travail. »
Ce portrait de Maupassant (son unique portrait de femme ouvrière) se montre des plus déplaisants : au delà des tâches laborieuses à effectuer (qui abiment le corps), les travailleuses seraient des personnes peu fréquentables. Le travail manuel rendrait-il les individus bêtes et crétins ?
2- La raison : des métiers peu intéressants, abrutissants et répétitifs
Actuellement, nous manquons, en France, de travailleurs manuels. Les étudiants préfèrent s’orienter vers des voies sans débouchés, mais tellement plus prestigieuses : le journalisme, l’art, l’histoire… On ne peut pas les blâmer, quand on sait ce qui attend les salariés des usines :
Céline : Voyage au bout de la nuit
« Et j’ai vu en effet les grands bâtiments trapus et vitrés, des sortes de cages à mouches sans fin, dans lesquelles on discernait des hommes à remuer, mais remuer à peine, comme s’ils ne se débattaient plus que faiblement contre je ne sais quoi d’impossible. C’était ça Ford ? […] il m’a montré, bien patient, la très simple manœuvre que je devais accomplir désormais pour toujours. Mes minutes, mes heures, mon reste de temps comme ceux d’ici s’en iraient à passer des petites chevilles à l’aveugle d’à côté qui les calibrait, lui, depuis des années les chevilles, les mêmes. […] Quand à six heures tout s’arrête on emporte le bruit dans sa tête, j’en vais encore moi pour la nuit entière de bruit et d’odeur à l’huile aussi comme si on m’avait mis un nez nouveau, un cerveau nouveau pour toujours. Alors à force de renoncer, peu à peu, je suis devenu comme un autre… Un nouveau Ferdinand. »
Un travail inintéressant, répétitif, abrutissant. Beaucoup choisissent de risquer le chômage. Un « responsable marketing » au chômage sera de toute façon mieux perçu socialement qu’un ouvrier sous contrat. De plus, ce genre d’emploi tend à se délocaliser massivement à l’étranger.
Il est à noter qu’il n’y a rien de pire pour un recruteur qu’une personne ayant été inactive pendant une période donnée. Toutes les études le montrent : les chômeurs longue durée (quelque soit leur secteur d’activité ou presque) ont de grandes difficultés à réintégrer le monde de l’entreprise. Les erreurs de recrutement sont très coûteuses pour un employeur, c’est pourquoi
Cependant, il existe des emplois, notamment de service, qui ne pourront pas s’expatrier à l’étranger : les métiers du service à la personne. La
Il fût un temps, néanmoins, où l’ouvrier était fier de son travail. Qui peut en parler mieux que Zola ?
Zola : Le rêve
« Angélique était devenue une brodeuse rare, d’une adresse et d’un goût dont s’émerveillaient les Hubert. En dehors de ce qu’ils lui avaient appris, elle apportait sa passion, qui donnait de la vie aux fleurs, de la foi aux symboles. Sous ses mains, la soie et l’or s’animaient, une envolée mystique élançait les moindres ornements, elle s’y livrait toute, avec son imagination en continuel éveil, sa croyance au monde de l’invisible. »
Dans les écoles, les instituteurs préfèrent évoquer aux enfants les portraits de Germinal. Mais tous les métiers manuels ne sont pas des métiers d’ouvriers, ingrats et insalubres. L’auteur montre, par cet extrait, qu’on peut exercer un travail manuel avec créativité et passion. Ces deux atouts sont la clé pour donner aux personnes choisissant des métiers manuels l’envie de travailler.
L’artisanat, qui se développe actuellement, doit continuer à être revalorisé. Des avantages indéniables peuvent être liés à cette fonction :
- l’indépendance (un artisan peut facilement créer sa propre structure)
- la créativité (pour faire face à la concurrence, il peut innover sur ses produits)
- le bonheur de voir concrétiser des objets imaginés
- l’aspect commercial et marketing de la fonction
- le salaire (les artisans ont aujourd’hui un pouvoir d’achat qui n’a rien à envier à certains cadres)
L’offre est inférieure à la demande dans ce secteur : nous manquons de plombier, couturière... De même, dans ce domaine, nous pourrions remettre au goût du jour des métiers disparus, ceux dont nous parlaient nos grands-parents. Les vendeurs des rues par exemple :
Maupassant : « Coco, coco frais ! »
« A vingt cinq ans, je vis, un matin, un vieux marchand de coco, très ridé, très courbé, qui marchait à peine, appuyé sur son bâton et comme écrasé par sa fontaine. Il me parut être une sorte de divinité, comme le patriarche, l’ancêtre, le grand chef de tous les marchands de coco du monde. Je bus un verre de coco et je le payai vingt sous. Une voix profonde qui semblait plutôt sortir de la boîte en fer-blanc que de l’homme qui la portait gémit : « cela vous portera bonheur, mon cher monsieur. » Ce jour-là je fis la connaissance de ma femme qui me rendit toujours heureux. »
3- Arrêter de valoriser d’autres métiers
Il faut arrêter également de se bercer d’illusion. Un travail reste un travail. Il correspond à un besoin précis, pour lequel un employeur va fournir un salaire. Mais nous ne deviendrons pas tous avocat ou médecin. De plus, en aurions- nous réellement l’envie ? Voulons-nous vraiment exercer un emploi à forte responsabilité, sans horaire ?
Amélie Nothomb : Robert des noms propres
Elle savait qu’à l’école des rats régnerait une discipline de fer. Pourtant, ce qu’elle découvrit surpassa de loin ses pressentiments les plus délirants.[…] Les corps étaient tellement exténués par les heures interminables d’exercices que l’obsession était simplement de s’asseoir. Les moments où l’on n’employait pas ses muscles étaient vécus comme des miracles.
4- Conclusion
Mon propos est donc simple. Il ne s’agit pas de conseiller à tous d’exercer des métiers manuels, et d’oublier ses ambitions. Mais certains métiers, considérés comme « peu qualifiés », peuvent, et surtout doivent servir de tremplin dans une carrière. Par exemple, un(e) artisan boulanger pourra devenir son propre patron. Un(e) secrétaire peut évoluer comme assistant(e) commerciale, puis commercial(e).
Auparavant, on entrait dans une entreprise pour y rester toute sa vie. Les sociétés, quant à elles, misaient sur certaines personnalités, en les faisant évoluer par des formations. Avec l’apparition du DIF, tout le monde peut bénéficier de 20 heures de formation par an, même les moins qualifiés. Cette mesure nouvelle est une chance pour les personnes n’ayant pas pu faire des études.
Le salariat constituerait alors une étape de notre vie, étape pendant laquelle on se forme, on rebondit, pour créer, innover, et atteindre le statut de créateur d’entreprise.


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